mardi 9 août 2011

La course à l'armement

Un tank marocain abandonné près d'un village du Sahara occidental, AFP PHOTO / DOMINIQUE FAGET



D’après Forecast International, le Maroc est parmi les pays africains qui consacrent le plus d’effort budgétaire à leur armement. Aujourd’hui, le royaume consacre chaque année une enveloppe de près de 2,8 milliards d’euros à son armée, soit environ 15% du budget de l’Etat soit à près deux fois le budget de fonctionnement de la santé publique. Les besoins militaires du Maroc absorbent 5% de son PIB, ce qui lui vaut de figurer au top 20 des pays les plus dépensiers pour leurs armées.
Depuis 2004, les dépenses militaires ne cessent d’augmenter. Certains y voit une course à l'armement avec l'Algérie. Le Maroc aurait été dans la moyenne du classement mondial des dépenses en armement sans le conflit du Sahara occidental, et le nécessaire équilibre régional avec l’Algérie —mais aussi avec certains pays d’Europe du Sud, avec qui Rabat entretient des liens de coopération militaire au sein de l’Alliance Atlantique— Sans ces conflits et ses engagements, le Maroc sortirait annuellement pour ses forces armées moins de 2% de son PIB et économiserait ainsi près d’1,4 milliard d’euros par an pour satisfaire ses besoins cruciaux en matière sociale.

Si le Maroc s’arme, l’Algérie aussi. Les données du dernier rapport 2010 de l’Institut international de recherche pour la paix (Sipri), basé à Stockholm, mettent en évidence cette course effrénée à l’armement à laquelle se livrent les deux pays voisins.
L’Algérie est classée au second rang des pays africains en terme d’effort d’armement, juste derrière l’Afrique du Sud. Elle consacre en moyenne 3% de son PIB par an aux dépenses militaires, ce qui représente environ 4,5 milliards d’euros pour 2011.
Dans le même classement, le Maroc se trouve à la 5e place, avec un rapport plus important de ponction sur le PIB, plaçant le royaume en pôle position des pays à économie comparable qui consacrent le plus de richesses à leur défense.
Les dépenses militaires algériennes et marocaines connaissent ainsi chaque année une forte progression. Le conflit du Sahara occidental est à l'origine de cette rivalité, le Maroc considérant officiellement l'Algérie comme partie prenante de ce contentieux territorial vieux de trois décennies. Le budget consacré par les deux pays à la défense illustre clairement cette frénétique course.
Le budget militaire algérien s’accroît d’environ 10% par an. Des sommes colossales sont ainsi allouées par ces deux pays dont le secteur militaire occupe la première place en terme de budgétisation.

Certes, la tendance est mondiale: les dépenses militaires ont en effet augmenté de 45% en dix ans. Mais «la compétition engagée entre l’Algérie et le Maroc en termes d’acquisition d’équipements militaires fait couler beaucoup d’encre et inquiète aussi bien les Américains que les autres pays du bassin méditerranéen», rappelle un rapport d’analyse des Nations unies cité par le Sipri.

Les Etats-Unis et l’Union européenne ont exprimé ouvertement leur inquiétude quant à la tendance haussière des dépenses de ces deux pays —qui font pourtant le bonheur des marchands d’armes américains, européens, russes mais aussi ceux des pays émergents comme le Brésil.
Même l’assurance donnée par l’Algérie que ses dernières commandes entraient dans le cadre d’un plan de modernisation des équipements de son armée —qui date de l’époque de l’Union soviétique— et de son effort pour combattre al-Qaida au Maghreb islamique n’a pas atténué les craintes des Occidentaux, soucieux surtout de la sécurité de leur allié traditionnel dans la région, à savoir le Maroc. Les Etats-Unis considèrent ce plan de modernisation de l’armée algérienne comme «un plan dissuasif» face à la montée en puissance de son voisin de l’Ouest.

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