Dans mon post précédent, on parle de murs de séparation. Ce terme a éveillé ma curiosité et m'a poussé à me renseigner sur le sujet. J'ai alors trouvé, après une recherche documentaire à la bibliothèque, un article: "Murs de défense au Sahara occidental". J'ai lu et résumé cet article de Khadija Mohsen-Finan pour une meilleure compréhension de la situation. Et plus particulièrement, pour comprendre la stratégie adoptée par les deux camps au début du conflit.
Le Sahara occidental ou l'incapacité de l’ONU à régler l’un des plus anciens conflit de l’Afrique.
En 1988, on abandonne l’issue militaire du conflit au profit d’une procédure référendaire. Les murs de défense marocains érigés durant les années 80, contre les incursions de la partie inverse, perdent alors leur sens initial mais le référendum attendu n’a toujours pas été organisé. Le rejet de toutes les propositions présentées par James Baker, représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara, serait pour Khadija Mohssen-Finan la cause au statu quo, considéré à l’époque comme la moins mauvaise des solutions.
Revenons aux débuts du conflit. Entre 1976 et 1979 les FAR (les forces armées royales du Maroc) ont essuyé plusieurs défaites face au Polisario. C’est durant l’année 1979 qu’eurent lieu les batailles les plus meurtrières du conflit ; plusieurs villes et d’importantes bases marocaines furent prises d’assaut. La maîtrise du terrain des soldats du Front Polisario et leur mobilité expliquent ce succès. Pour les sahraouis il s’agissait d’une guerre agressive et audacieuse » qui les conduisait à montrer une grande mobilité accompagnée de rapidité d’exécution. Les soldats marocains eux menaient une guerre essentiellement défensive, statique, s’aventurant rarement à l’intérieur du désert pour y mener une contre-guérilla. Le Maroc prend peur et décide de changer de stratégie.
En 1981 alors que le Roi Hassan II donne son accord pour l’organisation d’un référendum, le Maroc décide de construire des murs pour couper l’accès des principales villes du Sahara occidental aux combattants du front Polisario, c’est la stratégie dite des murs de défense. Entre 1981 et 1987, six murs ont été construits. Ces murs d’une hauteur de 2 ou 3 mètres sont protégés par des champs de mines et des fils barbelés. Leur construction avait pour objectif de mettre en sûreté ce que les Marocains nomment le « triangle utile », qui correspond en réalité à l’angle nord-ouest du Sahara et comprend les mines de phosphates et les principales villes du territoire. Il y a des points d’observation, des supports d’artilleries, des abris souterrains pour les soldats et des systèmes de radars et de détecteurs électroniques pour repérer les véhicules de l’adversaire. Après l’opération, sept huitièmes de la superficie du Sahara occidental étaient « protégés » contre les incursions et le Polisario étaient coupé de la mer.
La stratégie des murs s’est avérée dissuasive. Toutefois quelques attaques circonscrites et ponctuelles du Polisario ont montré au Maroc et à la communauté internationale que, en dépit de la stratégie du Maroc, le Polisario continue de défier les FAR en parvenant notamment à déceler les points faibles de la muraille. En réalité, ces attaques étaient symboliques et ne constituaient pas de réelles menaces pour le dispositif militaire. La construction des murs a en fait transformé la guérilla des années 1976-1979 en une guerre d’usure. Les combattants du Polisario sont contraints à s’adapter à une guerre de position, à proximité des murs. Ce qui neutralise leur point fort qui était la mobilité.
Le Maroc a ainsi réduit considérablement la supériorité tactique du Polisario. En plus des avantages militaires, les murs ont protégé la zone du Sahara dite économiquement et humainement « utile » (selon l’expression utilisée par Rabat). Le gisement de phosphate de Bou Crâa pouvait alors reprendre ses activités en 1982. Et, les principales villes du Sahara (Laayoun, Smara, Boujdour), qui avaient bénéficié d’un développement important de la part du Maroc, se voyaient ainsi protégées des incursions du Polisario. Au-delà de ces avantages, la population de cette zone se trouvait ainsi coupées de tout contact avec le Polisario.
Etudes, revue de culture contemporaine-paris-2004-volume400 1-3, janvier 2004, « Murs de défense au Sahara occidental », Khadija Mohsen-Finan, p 92-95
Khadija Mohsen-Finan, chercheuse à l’université Paris 8, spécialiste du dossier Sahara et auteur entre autres de Sahara occidental: les enjeux d'un conflit régional


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