vendredi 2 septembre 2011

Compte-rendu du livre Africa's Last Colony



Auteur du texte: Sola BALOGUN
Traduit par Esteban G.. Édité par Fausto Giudice

Je trouve cet ouvrage intéressant car il résume bien la situation au Sahara occidental mais aussi les enjeux du conflit. Le point de vue est celui d'un journaliste nigérien spécialiste de la question. Il a vécu au Sahara occidental et parle dans ce livre de son expérience. Je conseille cet ouvrage à toutes les personnes intéressées par la question du Sahara occidental car il éclaire bien des interrogations.


Propos de Sola BALOGUN:

Pour la majorité de la population nigériane les mots « Sahara occidental » évoquent le désert du Sahara. Et très peu de personnes au Nigeria (et en Afrique en général) connaissent l'existence d'un pays de notre continent qui s’appelle Sahara Occidental. Peut-être ignorent-ils son existence à cause de l’étranglement que le Maroc a imposé à ce pays.

En effet, de nos jours il y a un pays qui souffre toujours de l'oppression d'un autre. Le pire c’est qu’il s'agit de deux pays africains. La République Démocratique Arabe Sahraouie (son peuple porte le nom de Sahraoui) est une ex-colonie espagnole riche en ressources minérales comme les phosphates et a dans ses eaux territoriales une des plus grandes réserves de poisson du monde. Actuellement ses gisements sous-marins de pétrole sont en cours d’exploration.

Africa’s Last Colony: Spain’s Error, Morocco’s Sin (la dernière colonie africaine : l'erreur de l'Espagne, le péché du Maroc) décrit avec justesse la situation et les circonstances atroces qui marquent la vie du peuple sahraoui : eau empoisonnée, torture, disparitions forcées et autres aberrations.

Le livre rassemble l'expérience de l'auteur, Ike Abonyi, qui a visité la République Démocratique Arabe Sahraouie. Dans son introduction, Abonyi déplore qu’une histoire aussi inquiétante que celle de ce pays soit méconnue ou ignorée par le reste du monde. Le livre est divisé en trois parties, il est d’une écriture simple et accessible. Le titre complet est très pertinent : Africa’s Last Colony: Spain’s Error, Morocco’s Sin; An African Journalist’s Diary On Western Sahara (la dernière colonie africaine : l'erreur de l'Espagne, le péché du Maroc. Journal d'un journaliste africain au Sahara Occidental). L'auteur souligne également le fait que beaucoup d’Africains, même s'ils sont progressistes ou ont reçu une éducation sérieuse, méconnaissent l'existence d'un pays qui s’appelle République Démocratique Arabe Sahraouie, et encore moins sa lutte pour l’indépendance.

Ce point abordé par l'auteur est très significatif. Que ce soit dans les pays du Maghreb, d'Afrique ou d'Europe, on reste très peu informé de ce qui se passe au Sahara occidental. Les raisons de ce silence sont difficile à cerner, nous l'avons déjà vu, les enjeux de ce conflit dépassent les intérêts des protagonistes principaux. Les médias ont sans doute un rôle important à jouer dans cette absence d'information.


Dans son prologue, il dénonce l'hypocrisie de ces pays occidentaux qui se vantent de respecter les droits humains (la France, l'Allemagne et l'Espagne) tandis qu'ils ferment les yeux aux violations flagrantes des droits humains commises par le Maroc. De plus, il ajoute que le Nigéria a le devoir, en tant qu’État africain, d’aider le Sahara Occidental dans sa lutte pour la récupération de son indépendance.

La première partie du livre résume l'histoire du Sahara Occidental du temps de la colonie espagnole, le retrait espagnol de ce pays et l'invasion marocaine et mauritanienne. Il explique aussi la manière avec laquelle la Mauritanie avait restitué les territoires qu’elle avait spoliés alors que le Maroc s’est obstiné à garder les territoires occupés.

Tout comme d'autres analystes, Abonyi accuse l'Espagne de ne pas avoir finalisé le processus de décolonisation, c'est-à-dire, de ne pas avoir donné la direction du pays au Front Polisario, groupe politique fondé en 1973 pour en finir avec la colonisation espagnole.

Malgré la résolution de la Cour Internationale de Justice votée en 1975 stipulant que le Sahara Occidental était dès lors un pays indépendant de la colonisation espagnole et que sa souveraineté appartenait à son peuple, le Maroc a refusé de se retirer de ses territoires occupés et la guerre contre le Front Polisario a continué. En 1991 l'ONU avait négocié un cessez-le- feu et avait approuvé un référendum d'autodétermination du peuple sahraoui, mais le Maroc a empêché sa concrétisation.
Plus de 150.000 Sahraouis sont des réfugiés, d'autres sont déplacés à l’intérieur même de leur propre pays. Ils vivent grâce à une ration quotidienne du Programme Alimentaire Mondial de l'ONU ou bien ils sont harcelés et arrêtés sans procès légal, ou forcés à l'exil.

Des réfugiés qui vivent dans des conditions de vie difficiles. Pas d'accès à l'eau potable ni à l'éléctricité. Les enfants doivent parcourir parfois plusieurs kilomètres à pieds pour aller à l'école. Les jeunes qui vont étudier à l'exterieur des camps et qui reviennent diplômés n'ont pas accès à l'emploi. Le taux de chômage est très élevé et les soins de santé sont limités.

Dans la seconde partie du livre, Abonyi raconte l’expérience de son voyage au Sahara. Il avait pu observer que le camp avait bénéficié d'une certaine paix durant les 17 dernières années, mais il a également été témoin de la désillusion d'une grande partie de la jeunesse sahraouie, notamment au regard de la politique marocaine d'exploitation unilatérale des ressources et de l’indifférence totale face aux besoins du peuple sahraoui.

Notre indignation doit certainement se réveiller lorsque dans son récit, Abonyi raconte de quelle manière de jeunes Sahraouis ont perdu un de leurs membres et même la vie à cause de l’explosion des mines que le Maroc a disséminées tout le long du mur de 2.500 kilomètres qu’il a dressé dans le Sahara occidental occupé.
La troisième partie de Africa’s Last Colony est composée d'interviews avec des responsables du gouvernement sahraoui. Au cours d’une conversation avec Abonyi, le président Mohammed Abdulaziz fait l'éloge de l'attitude du Nigéria envers d'autres pays africains et de son leadership dans le continent. D’autres interviews y sont également retranscrites, notamment celle avec Mohamed Salem, commandant de l'école militaire sahraouie, et celle avec Mohammed Yeslem Beisat, ministre pour l'Afrique.

L'auteur pose des questions d’une très grande importance : pourquoi l’Espagne n'a-t-elle pas achevé un processus total de décolonisation dans lequel elle aurait fait une passation de pouvoir au Front Polisario ? Pourquoi le fait de partager la religion, la langue et la géographie n'aide pas à résoudre le problème entre le Maroc et le Sahara occidental ? Qui peut bien fabriquer et fournir les armes que le Maroc utilise pour terroriser la population sahraouie ? Quel sont les autres pays qui profitent de l'exploitation marocaine du Sahara occidental ? Quel est, dans cette situation, le rôle de la France, ex-puissance colonisatrice du Maroc ?

Il y a d'autres questions qui exigent des réponses : pourquoi le reste du monde arabe reste-t-il indifférent à l'oppression d'un « peuple frère » ? Quelles sortes de pressions l'Union africaine et d'autres organismes régionaux qui reconnaissent le Sahara occidental comme un État souverain exercent-ils sur le Maroc ?


Source : Daily Sun-Agony in Western Sahara
Article original publié le 27/10/2009
Esteban G., rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com, et Fausto Giudice, rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste, sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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